et surtout des brouettes

La pilule magique ?

Je prends la pilule. Quelle ironie ! Pendant dix ans ou presque, je l’ai prise pour éviter de tomber enceinte. Avec une seule angoisse: oublier un jour d’avaler le précieux cachet et me retrouver avec un enfant non désiré. Tous les soirs, en ce moment, quand j’ai ma plaquette entre les mains, je pense à ces dix années.

Je me souviens de la première prescription. J’avais pas loin de 20 ans et je me sentais femme avec cette prescription dans la poche et ce premier amour dans le coeur.

Je me souviens des fois où je l’ai oublié et où pendant une ou deux semaines, je me suis fait un sang d’encre en me demandant ce que j’allais faire s’il y avait un polichinelle dans le tiroir. Avant de voir mes règles arrivées, soulagée…

Je me souviens des différentes marques. Micro dosée ou non, 21 pilules par plaquette ou 28… J’ai dû changé quatre ou cinq fois de crèmerie.

Je me souviens des discussions avec mes copines. « Et toi tu prends laquelle ? Parce que, moi, Diane35, je te raconte pas les effets indésirables ».

Je me souviens de ces moments de célibat où je me demandais si je devais arrêter. Finalement, je continuais à la prendre, comme un talisman qui signifiait que je ne serai pas seule trop longtemps.

Je me souviens du jour où j’ai vraiment arrêté de la prendre, il y a presque trois ans. Avec mon homme, on s’est dit que c’était le bon moment, qu’on avait envie d’un petit bout dans notre chez nous. Je me souviens de cette sensation d’être sans filet les premiers temps, nerveuse face à ce choix lourd de conséquences. J’étais persuadée de tomber enceinte dans la demie-heure qui suivrait. C’est là, tout le paradoxe de cette pilule. Avec son pouvoir magique, elle nous berce dans l’illusion du contrôle absolu de la procréation. Mais comme dit une copine, la pilule ce n’est pas « un bébé quand je veux » mais « pas de bébé quand j’en veux pas ». La nuance est grande… Le « sans filet » a duré plus longtemps que prévu.

Aujourd’hui, je prends la pilule en début de protocole de fécondation in vitro pour déconnecter l’hypophyse des ovaires. Vu le souk dans ma tête, je trouve ça assez rassurant de commencer par là.

Je prends la pilule pour faire un enfant, en somme. C’est tout de même étrange !

Et puis, si ça marche (croisons les doigts, touchons du bois !), je prends la pilule pour la dernière fois. La contraception, c’est fini pour moi. Avec des ovaires qui fonctionnent quand bon leur chante, un quelconque contraceptif n’aurait pas une grande utilité. Dimanche prochain, je l’espère, je vais dire adieu à ma compagne de liberté.

J’ai triché avec la nature pendant des années et elle s’est bien vengée quand je lui ai laissé libre cours à nouveau. Je triche encore un peu (beaucoup !) mais quand tous ces protocoles ne seront plus qu’un mauvais souvenir, je laisserai la nature reprendre ses droits, et la pilule au placard.

Bon d’accord, sauf si on a des triplés…

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2 réflexions au sujet de « La pilule magique ? »

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