et surtout des brouettes

36 mois… et des brouettes

« Il faut neuf mois pour fabriquer un bébé. Mais combien pour tomber enceinte ? » Quand j’ai écrit cette phrase il y a un an et demi, je ne pensais pas en arriver là. Il y a des blogs qu’on ouvre en espérant les fermer le plus rapidement possible. Et oui… ce mois-ci, nous « fêtons » nos trois ans d’essais. Trois ans, deux fausses couches, une FIV et un constat : je suis infertile. Trois ans de galères, de montagnes russes, de joies furtives, de peines profondes, de frustrations… Trois ans qui marqueront nos deux vies, à mon homme et à moi. Et ce n’est (malheureusement) pas fini.

Trois ans qui semblent une éternité. Ce désir d’enfant inabouti change notre rapport au temps. Il s’est étiré, étiré, étiré. J’ai parfois l’impression d’avoir pris quinze ans en quelques mois. Mon monde a changé, il est vrai. La plupart de mes amies sont devenues mamans. Elles ont parfois eu le temps de faire deux enfants. Des évolutions différentes pas toujours faciles à accepter, malgré des efforts respectifs (ou parfois pas d’efforts du tout, il faut le dire). Des cheminements distincts qui impactent aussi ma vie quotidienne. Nous passons plus de samedis soirs en tête à tête qu’avant, par exemple. Au départ, je le vivais mal, j’ai depuis appris à composer. Ces évolutions renforcent juste le sentiment de ne pas être « normale ». Mes amies sont devenues mamans. Pas moi !

Cette aventure de la procréation médicalement assistée m’aura aussi changée. Indéniablement. Elle m’a obligée à poser mes valises,  à les ouvrir pour regarder mon passé, mon histoire familiale en face au travers d’une psychothérapie que j’ai entamé il y a un an et demi. Je m’apesantis peu sur ce volet au long de mes billets par pudeur, il est pourtant essentiel. Les causes de mon infertilité sont multiples, je le sais aujourd’hui et l’aspect psychologique y prend sa place. Pas le « ça arrivera quand tu n’y penseras pas » (la prochaine personne qui me dit ça, je lui pète la gueule…), non des choses plus profondes qui remontent à l’enfance, des blessures, des deuils qui ont érigé des barrières inconscientes qui rendent mon chemin vers la maternité plus difficile que pour d’autres. Attention, je ne dis pas que ceci est vrai pour toutes les PMettes, je dis juste que pour ma part c’est le cas. Je ne minimise pas non plus mes soucis mécaniques et hormonaux. Mais nous sommes un tout, un esprit et un corps qui interagissent. Ce constat n’a pas été facile à accepter, croyez moi. J’ai eu la sensation d’ouvrir la boîte de Pandore et je ne l’ai pas encore refermé. Mais je sais désormais que ce travail est nécessaire, pour ne pas dire vital.

La PMA a fait évoluer notre couple aussi. Elle l’a incontestablement renforcé. Nous nous soutenons, nous nous portons l’un l’autre, nous sommes à la fois un (surtout dans les pires moments) et deux (deux personnes différentes, indépendantes et complémentaires qui conservent leur identité). Je suis très fière de ça. Et c’est fou  à quel point j’aime l’homme qui partage ma vie.

Et puis, et puis,  cette aventure PMA c’est aussi le blog. Une aventure d’abord personnelle d’écriture, d’éxutoire qui fait un bien fou. Mais aussi et surtout une formidable aventure d’échanges qui fait encore plus de bien. J’aime aller lire les blogs d’autres PMettes (même si je n’ai pas assez le temps d’y fureter), j’aime partagé vos joies, être présentes lors de vos peines. J’aime aussi qu’ici des mères viennent apporter leur soutien ou des anciennes galériennes témoigner.  Ce blog rend la PMA un petit peu plus facile à supporter et c’est vraiment bon à prendre.

Voilà, l’aventure n’est pas terminée. Durera-t-elle quatre, cinq, six ans ? Plus ? Personne ne le sait. Et c’est sans doute aujourd’hui encore le plus difficile à vivre. Mais comme je l’écrivais il y a un an et demi, nous serons parents un jour.

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20 réflexions au sujet de « 36 mois… et des brouettes »

  1. J’ose plus compter les mois, ça fait trop mal… je partage beaucoup de ce que tu dis là… merci pour tes mots, et les derniers, j’y crois pour vous, pour nous. bises et encore merci pour cet article si personnel et pudique à la fois…

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  2. Je suis très émue par tes mots. Peu de personnes sont capables d’une analyse si juste et si fine de leur vie. Quel que soit l’avenir, tu peux déjà être certaine que tu l’abordes grandie et plus lucide que la plupart des gens!! Je t’embrasse très fort!

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  3. 36 mois, 3 ans…. C’est inimaginable tout ce temps, et surtout je me dis que c’est inimaginable toutes les douloureuses épreuves que l’on a traversé: je fête avec toi ces 36 mois sans pilules!
    J’ai déjà répertorié toutes les femmes de mon entourage qui sont devenues maman depuis lors, et aussi les anniversaires des p’tits bouts qui s’enchainent… et cette année le renouveau est là, c’est ma grande soeur qui est enceinte et qui acouchera en mai, après 1 mois sans pilules, un bébé? Ou va-t-on??? Impensable, incroyable, mais voilà, c’est comme ça, dur mais bien réel, incompréhensible mais une bonne nouvelle évidemment…. mais moi? mais nous? Ce phénomène psychologique je ne l’ai pas, et je soutiens que ça doit être éprouvant et contrariant à la fois d’avoir ce poids à assumer… Nous avons changer, progresser, et nous sommes toutes désormais de véritables guerriers, et j’en suis fière! Une année de plsu, ou deux, dans tous les cas, qui aurait dit que ça durerait 3 ans, et qui aurait dit qu’on les surmonterait? On n’est plus à ça près, on est des vieux de la vieille et on connait maintenant toutes les ficelles, c’est notre avantage!!!
    Encore bon courage pour les étapes à venir, et merci de nous faire partager tous les moments bons ou moins bon, on se sent définitivement moins seules…
    A très bientôt pour s’encourager encore et se souhaiter une très bonne année…

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  4. Très joli post tout plein d’espoir, c’est agréable de te lire, même si ce que je lis est tout empli de tristesse, tu as les mots justes pour raconter avec pudeur ce qui te touche… Et on devine toute ta volonté derrière tes mots. Je vous souhaite d’arriver à le faire ce bébé, quelle que soit le moyen, moi aussi, je suis persuadée que vous serez parents un jour. Que tu seras une chouette maman, aussi.

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  5. J’espère pouvoir te continuer à te lire mais avec une page tournée vers une autre aventure que la PMA… oui ma phrase contient encore le terme espoir… que veux-tu, je fais partie de celles qui veulent encore croire en la beauté de la vie, malgré tout, et surtout malgré la PMA…
    très joli billet… Bisous

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  6. Merci pour ton honneteté et pour les mots que tu mets sur les doutes et les difficultés que nous rencontrons toutes sans forcément arriver à les dire aussi bien que toi!
    Contrairement à certaines d’entre nous qui ont de beaucoup d’espoir à revendre, je me pose plutôt la question, comme Luna, de savoir jusqu’à quand on doit continuer à espérer, et quand on doit tourner cette page? Les années s’accumulent et se ressemblent malheureusement trop. La PMA est un formidable espoir mais aussi un très très long chemin dans lequel on peut se perdre, perdre son couple et même se perdre soi-même.
    Je me sent femme, vivante, et je ne veux pas être que « une femme infertile en PMA ». A trop vouloir être enceinte à tout prix est-ce qu’on ne rentre pas dans le jeu de ceux qui pensent qu’on est femme que si on est féconde?
    Pour ma part même si j’espère encore je m’efforce d’être heureuse avec ce que j’ai et de profiter de la vie comme elle vient! Mais c’est parfois plus facile à dire qu’à faire, je vous le concède!
    Bises à toutes!

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  7. Je suis très émue à la lecture de ce billet. Tu sais ouvrir ton coeur dans ton blog et je me doute que ça ne doit pas être toujours facile.
    Je continuerai à être virtuellement à tes côtés sur ce chemin vers votre enfant. Même si je ne peux guère t’apporter de réconfort.
    Bonne route!
    Bises

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  8. Pour moi aussi, la PMA fut et est (à nouveau, Mère Nature Sa Race!) un combat aussi contre moi même, un chemin caillouteux qui m’a permis et me permet de faire connaissance avec des facettes de ma personnalité plutôt cachée.

    Un vrai chemin de croix qui a renforcé notre couple, qui a porté notre amour au-delà.

    Que te souhaiter pour la nouvelle année? Qu’elle soit la dernière en PMA?!! Evidemment mais aussi qu’elle vous apporte du bonheur et de l’espoir et de l’amour…

    Plein de douceur pour les fêtes, plein d’espoir pour la nouvelle année…

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  9. Nos anniversaires sont bien tristes et les bilans ne sont pas reluisants… Mais c’est notre histoire… Vivement que l’on en connaisse l’issu (et que ce soit la bonne)… Je t’embrasse fort…

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  10. L’espoir, c’est ce qui nous fait avancer et ne pas sombrer. Comme dit ton homme, vous le ferez sortir aussi de cette boite de Pandore.
    La médecine traditionnelle chinoise reprend un peu ton raisonnement: corps et esprit forment un tout et doivent être prêts à accueillir une grossesse. D’après mon praticien, il faut que le terrain soit favorable. Notre mode de vie est également mis en cause,ce qui induit une part de responsabilité qui m’énerve un peu mais qui laisse penserqu’on reste acteur de notre vie.
    Bisous

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  11. hello, oui le temps passe … il y a eu la pma depuis … mais il y a surtout la vie … celle de tous les jours, le quotidien, ton homme, le changement des saisons, quelques voyages, des chaleureuses soirées, des rires au cinéma, des livres qu’on ne veut plus lacher … il y a eu aussi tout cela dans ton bilan … des moments de « bonheur » aussi …
    ne l’oublions pas !

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  12. Un jour ton enfant viendra, quelle que soit la manière que cela prendra. Vous serez parents.
    L’important est d’être à deux, solides, acrrochés et j’aime que ton homme vienne faire un tour dans ce blog.

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  13. je te souhaite d’arriver le plus vite possible à ce bébé tant désiré, en espérant que ce ne sera pas trop long.
    Un couple qui se renforce avec la PMA, c’est un couple ou il règne beaucoup d’amour, d’entente, de compréhension. je suis heureuse que ce soit le cas pour vous.
    courage et bisettes

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    1. Cet optimisme sans fin et ce ton sans appel vers le bonheur sont une véritable bouffé d’oxygène, les hommes en général qui nous accompagnent, merci de ce soutien inébranlable, et à toi en particulier: félicitation pour ce combat que tu ne cesses de livrer sans jamais reculer, en y faisant progresser Lily avec toi par monts & tempêtes.
      Courage, le temps et la patience sont votre pire ennemi, mais à deux vous êtes plus fort, et à deux rien ne peut vous battre! A l’assaut, again…

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  14. Je me demande jusqu’à quand je dois continuer, et quand je dois tourner cette page? je suis maman, déjà, et ça change des choses… dans un parcours de PMette. J’adore mon fils, et mon compagnon, mais je voulais plus qu’une trilogie. J’étais dans l’idée sextet, ou quartet à minima. Aujourd’hui, je ne sais plus.
    Je fais un 2e essai vers janvier, last & least, et contrairement à la e, j’ai arrêté de fumer. histoire de mettre toutes les chances du bon côté. Même si… ça ne change rien. Je ne sais même plus si j’y crois, et parfois, si j’en ai envie. Et pourtant si, mais épuisée de ces efforts.

    J’ai mis du temps, physiquement et moralement à remonter la pente après la fiv1. Tant et si bien que j’ai remis mes « supérieurs » à leur place ces temps-ci. Ils m’exaspèrent, et je ne peux plus rester sans rien dire : ce sont eux qui me servent d’exutoire, car je n’ai pas de blog. Et puis, les attaques devant la bêtise sontt parfois si simples, et si bonnes à la fois. Néanmoins, dans le phrasé, j’y ai mis tout le style et la hargne rentrée, mais qui se sent -c’est important- dont j’étais capable.
    Un délice…
    J’attends maintenant le retour de bâton, rien n’est mieux qu’un feuilleton!

    sinon, ton et si.. en attendant tes règles, même sans l’écrire, j’avais compris que tu hésitais sur le penchant de cette hésitation… Et si j’étais enceinte… Comme nous toutes, on s’y perd encore à ces hésitations…
    Bon courage, encore et toujours!

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  15. complètement,
    à 100%
    d’accord avec toi !!!
    oui vous serez parents un jour…
    je pense que, comme toi, la psychothérapie aide à faire plein de petits pas pour avancer et construire ce grand jeu de construction dans lequel nous nous sommes toutes et tous lancés et qui ne tient pas encore la route mais sous peu ça viendra…
    bises

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