et surtout des brouettes

A quand un plan PMA ?

J’ai découvert via Irouwen ce texte du professeur Frydman paru dans le Monde du 11 janvier. Je ne suis pas d’accord avec tout mais cette tribune a au moins le mérite de poser les choses : la PMA n’est pas à la hauteur en France et il va bien falloir que ça change.

« Les parlementaires vont bientôt se positionner sur le mariage pour tous. Certains voudraient que les femmes célibataires et les homosexuelles en couple aient accès à la procréation médicalement assistée (PMA).
En posant cette hypothèse, il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt et que les insuffisances et les incohérences de la pratique de la PMA dans notre pays soient passées sous silence.

LE NOMBRE DE PMA EN CONSTANTE AUGMENTATION

Quinze pour cent des couples en âge de procréer consultent pour infertilité. Le nombre de PMA en France est en constante augmentation et va atteindre 70 000 tentatives par an : la création du Comité consultatif national d’éthique, les débats, les trois lois successives de bioéthique (1994, 2004, 2011) ainsi que la mise en place de l’Agence de biomédecine sont censés réguler cette activité.

Et pourtant les résultats ne sont pas à la hauteur de certains centres internationaux. Seule une femme sur cinq va accoucher après avoir bénéficié d’un prélèvement d’ovocytes en vue d’une PMA. Cette moyenne – faible (18 à 20 %) – traduit des anomalies ici ou là.

Mais l’absence de transparence des résultats centre par centre (à l’inverse des Etats-Unis ou de la Belgique, où ceux-ci sont disponibles sur Internet) crée une omerta dont pâtissent les couples, en manque d’information.

Constater des insuffisances devrait amener à deux types de mesures correctrices :

1. investir encore afin d’utiliser les normes de personnels et de matériels comparables à l’excellence de centres de référence. Trop de responsables administratifs, universitaires ou médicaux considèrent la médecine et la biologie de la reproduction comme une thématique secondaire ;

2. développer la recherche, seul facteur d’amélioration. Or l’interdiction de la recherche sur l’embryon érigée en dogme dans notre pays (avec des dérogations exceptionnelles) est un frein à l’innovation.

Cela aboutit par exemple à avoir interdit pendant plusieurs années aux équipes françaises de procéder à la congélation d’ovocytes par vitrification, les essais étant jugés assimilables à la recherche sur l’embryon qui doit être autorisée mais encadrée.

Les organismes de recherche (Inserm, CNRS) d’un Etat laïc doivent pouvoir nommer, identifier, promouvoir le thème du développement précoce humain.

La littérature scientifique internationale montre que l’analyse de la potentialité du développement de chaque embryon est en cours. Ailleurs, des études génétiques directes ou indirectes sont pratiquées dans cette perspective.

Etre empêché de rechercher le potentiel de développement ou les capacités d’implantation de chaque embryon revient à faire de la médecine en croisant les doigts ou en priant pour qu’il y ait grossesse. Ce qui aboutit à recommencer encore des tentatives de PMA infructueuses, proches de l’acharnement thérapeutique, au détriment des femmes et des couples.

La liste de nos carences et de nos incohérences ne s’arrête pas là. Près de 8 000 femmes françaises qui peuvent se le permettre passent les frontières pour bénéficier d’un don d’ovocyte impossible à réaliser dans notre pays.

LE DON D’OVOCYTE RÉMUNÉRÉ POUR LA DONNEUSE EST CONDAMNÉ

Peut-on rappeler cette incohérence : le don d’ovocyte rémunéré pour la donneuse est condamné en France au nom de la gratuité du don d’organe. Elle reçoit néanmoins le remboursement partiel de ses frais par la Sécurité sociale…

Plus grave : est-il supportable que des familles transmettrices de maladies génétiques graves et incurables attendent près de deux ans en région parisienne pour avoir accès à la PMA pour diagnostic pré-implantatoire afin d’éviter que leur enfant soit atteint ?

Pendant cette attente, de très nombreuses familles se découragent et tentent la survenue d’une grossesse spontanée. Certaines aboutiront à la naissance d’un enfant indemne mais la majorité de ces grossesses se termineront par une fausse couche, une interruption médicale de grossesse, ou pire, par la naissance d’un enfant atteint de l’anomalie génétique.

Est-ce de la bonne médecine que de limiter à quatre centres hospitaliers pour tout notre pays cette activité cadrée depuis douze ans ? Cette attente pour les familles est insupportable.

A-t-on informé les femmes concernant leur horloge biologique ovarienne qui les dessert de façon préjudiciable, de même que l’effet délétère du tabac, de la malnutrition, du stress ? Où sont les campagnes d’information alors que celles-ci existent pour dépister le cancer du côlon, du col de l’utérus ou du sein ?

Pourquoi ne pas dépister le statut de fertilité lié à l’âge ? Autour de 33-35 ans, une étude de la « réserve ovarienne » par une prise de sang et une échographie permettrait un état des lieux et éviterait de dire : « Je ne savais pas. »

La constatation d’une infertilité progressive pourrait permettre à certaines femmes de reconsidérer leur projet de vie jusqu’à conserver leurs propres ovules si elles ne peuvent avoir un enfant avant 35 ans.

Certes l’efficacité de la congélation d’ovules est loin d’être totale et n’est pas la panacée. Mais aujourd’hui, selon la loi de 2011, une femme ne peut conserver ses propres ovocytes que si elle a un cancer ou si elle participe à un programme de don d’ovules.

Puisque l’on parle de l’autonomie des femmes, parlons donc de l’autoconservation des ovocytes et de la prévention de l’infertilité que celle-ci autorise. »

La suite sur lemonde.fr

René Frydman, médecin, chef du service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction, hôpital Antoine-Béclère, à Clamart (Hauts-de-Seine) »

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5 réflexions au sujet de « A quand un plan PMA ? »

  1. très intéressant, mais je reste persuadée que quelque soit la PMA, ce n’est pas l’unique voie pour fonder une famille, trop souvent elle est présentée comme telle or au vu des dommages collatéraux liés au boostage hormonal, cela m’interroge. Par ailleurs que dire de toutes ces difficultés liées à des médicaments dont les essais n’ont pas été suffisamment encadrés ? on ne reparlera pas du Distilbène qui est scandaleux mais actuellement on parle de ces pilules 3e générations…qui dit qu’elle ne font pas de dégâts à ce niveau là-aussi ? bref beaucoup de boulot également du côté des effets secondaires liées aux médicaments mis sur le marché !

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  2. Bonjour Lily,

    Personnellement je suis contre la recherche sur l’embryon, car l’embryon est un enfant à venir, un commencement de bébé.

    Je te souhaite une bonne journée, et bon courage à vous deux!!

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    1. Sujet difficile ! Pour moi l’embryon est encore un embryon de vie et pas un bébé… Je crois que sinon je ne pourrais pas me remettre de mes fausses couches et de mes échecs en PMA. Bises

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  3. Merci poir cet article. Comme tourours Frydman me semble faire sens et il est bon d’entendre quelqu’un se soucier de cette souffrance-là (la nôtre). Le seul point qui me chiffonne un peu, c’est que dans beaucoup de pays européens où ces nouvelles techniques sont employées et la PMA ouverte plus largement (aux couples homosexuels en particulier), la prise en charge ne suit pas toujours. Ici en Angleterre par exemple, elle est très limitée. En ça je trouve qu’il y a des progrès à faire bien sûr, mais que la France ne s’en tire pas trop mal.
    Et as-tu lu les commmentaires? Ils sont ignobles…

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