Les jumeaux et nous

Vivre avec le don

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J’ai reçu deux mails cette semaine. Deux mails qui m’ont touchée. Deux parcours. A. est enceinte de près de 4 mois grâce à un don d’ovocyte. M. a donné aujourd’hui ses précieuses gamètes pour que d’autres A. et d’autres que moi puissent devenir mères un jour sans forcément aller à l’autre bout de l’Europe…

Et moi, comment je vis le don près de deux ans après avoir contacté pour la première fois la clinique barcelonaise ?

La plupart du temps, je n’y pense pas. Mes enfants sont mes enfants. Et j’essaie de me débrouiller dans mon quotidien bien chargé entre mes twins, mon boulot, les cartons qui traînent encore et un chouïa de vie sociale.

Il y a bien sûr ces questions de ressemblance qui reviennent souvent sur la table. Ces gens qui ne trouvent pas de ressemblance et semblent bien embêtés, ces autres qui en trouvent absolument… Il y a ces photos de moi et de mon frère bébé, troublantes parfois car il y a bien un air de famille. Si au début, ce jeu des 7 familles si commun avait tendance à m’agacer, il a tendance à m’amuser aujourd’hui. Et il vient de ci de là m’interroger sur notre histoire.

Il y a en revanche toujours, et un peu plus qu’avant, il faut bien l’avouer cette crainte de leurs réactions. Cette peur que leur histoire un peu particulière les trouble, les gêne, les enquiquine quand ils seront en âge de comprendre. J’ai tellement envie de les choyer, de les protéger…

Je leur ai déjà parlé de la fée qui a donné sa petite graine à maman. Mais, soyons francs, je ne l’évoque pas très souvent. Tout simplement parce que le sujet arrive peu souvent dans la conversation entre le biberon et le dodo, et leurs gazouillis ne semblent pas porteur d’une discussion sur les origines de la vie. Je me demande toujours, malgré tout, où placer le curseur entre trop et pas assez ?

Mais tout ça est très personnel, et je ne suis pas sûre de bien retranscrire les débats intérieurs qui peuvent m’agiter de temps à autres. Quand je parle de mes craintes à mon homme, il balaie tout ça d’un revers de main. « Crois-tu que je sais tout de ma vie prénatale ? Crois-tu qu’on sait toujours tout sur tout de nos origines ? » Il n’a pas tort. Ce dont Luke et Leïa ne pourront pas douter, c’est qu’ils ont été souhaité, désiré, aimé bien avant leur naissance et même leur conception. Et si questionnement il devait y avoir de leur part, nous ferions tout pour les accompagner à vivre tout ça au mieux. C’est bien là le rôle des parents après tout.

Voilà vivre avec le don aujourd’hui pour moi, et pour moi seulement, c’est ne pas y penser au quotidien, ne jamais pour autant oublier notre histoire, avoir des accès de craintes quelquefois mais me recentrer sur le présent, leurs besoins immédiats, leur bonheur de bébés de 13 mois qui s’éveillent chaque jour un peu plus. La meilleure manière de construire l’avenir, non ?

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17 réflexions au sujet de « Vivre avec le don »

  1. Bon, je commente un post déja ancien mais je suis tombée sur ton blog en trainant chez Adelles…
    Je pense TOUS les jours à la façon dont je vais leur dire, quand, comment, et surtout, surtout j’essaie d’imaginer leur réaction….
    Notre entourage et nos parents sont tous au courant et on a tjs essayé d’en faire un sujet de rigolade mais il est vrai que cela me perturbait pas mal pendant ma grossesse…et j’en parlais souvent à l’Homme Parfait qui balayait mes doutes d’un « ils sont dans ton ventre, c’est toi la mère ».
    Coup de chance incroyable ils ressemblent tous les 2 à leur père donc je m’épargne les réflexions débiles sur les ressemblances…
    j’ai entendu parlé du livre de l’association Maïa et cela me réconforte un peu mais je pense que dans notre cas il est difficile (comme une mère adoptante je pense) de ne pas se sentir parfois « illégitime ».
    Lors de nos nombreux aller et retours à Barcelone, lorsque je croisais dans la rue ou au restaurant une jeune fille que je trouvais sympathique,je ne pouvais pas m’empêcher de me dire » tiens, c’est peut être elle la donneuse », j’avais besoin de visualiser quelque chose, cela me mettait du baume au coeur….
    Bref, c’est notre parcours et il faut désormais en assumer les conséquences…

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  2. Merci pour ses commentaires. C’est intéressant de te lire. Après plusieurs années de GalèreS, nous allons bientôt devenir parents grâce à un don…et il est clair que je m’interroge sur cela. Lire qq1 qui vit la même chose est enrichissant. Personnellement ce qui m’inquiète encore plus c’est de le dire à mes beaux-parents (je n’y suis pas encore parvenue)… Prendre du recul avec le regards des autres me semble déjà un important travail à faire. A bientôt j’espère!

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  3. Les ressemblances vont venir car ils vont prendre les tics de langage, la façon de froncer les yeux, de rire.

    En revanche, je me demande souvent comment c’est pour vous, car on nous demande souvent si les parents ont des allergies, sont aussi grands/petits, etc. Et de nombreuses réflexions entendues au quotidien me font me ce qu’on ressent lorsqu’on n’est pas génétiquement liés.

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  4. Bien alors, j’apporte ma pierre à l’édifice. Comme tu le sais je pense, les Poites sont garanties 100% patrimoine génétique parental. 100% des gens qui nous croisent tous les 4 nous disent que nous avons chacun la nôtre. Vraiment, ils sont unanimes. En revanche, au moment de nous attribuer la nôtre, 50% associe Poite n°1 à moi et Poite n°2 au Homard et les 50 autres % ont exactement l’avis inverse.
    Donc, conclusion, les ressemblances c’est caca et ça sert à rien.
    Pour le côté, je leur en parle un peu, beaucoup, passionnément, c’est délicat de jauger. Au début, je leur ai beaucoup dit, parce que c’était frais et encore douloureux. Maintenant, je ne leur en parle presque plus parce que des questions plus basiques ont fait leur apparition et squattent quasiment tout le temps de parole familial : pourquoi les autres enfants à l’école ils sont tout seuls, pourquoi on n’est pas dans la même classe, pourquoi Poite n°1 elle a le bobril qui ressort et pas moi ??? Enfin, bref, on s’amuse bien et on n’a pas forcément l’occasion de parler infertilité masculine tous les jours !
    Mais elles savent et elles continueront à savoir parce que c’est une grosse part d’elles.

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  5. Mon fils a huit ans. Je lui ai parlé comme toi de la dame qui avait donné la petite graine et surtout je lui ai lu, puis donné un livre édité (il me semble) par l’association Maïa qui s’appelle « Dans notre histoire il y a une fée ».
    La plupart du temps, on n’en parle pas, il connaît l’histoire, l’a assimilée à son niveau, mais pour l’instant, lui qui croît encore que l’on fait des bébés en mettant la graine dans la bouche de la maman.. (j’ai cru pourtant lui avoir bien expliqué… ça ne devait pas être clair ! Lol..) n’est pas vraiment intéressé plus que ça par tout ça, il lui suffit d’avoir été dans mon ventre…
    Je me dis quand même qu’à l’adolescence, quand il entendra parler de génétique, d’hérédité… ce sera plus difficile… On verra bien…
    Et j’ai été interpelée par les psys qui le suivent pour quelques problèmes scolaires. et qui me disent qu’il a du mal à concevoir la sexualité (voir plus haut… ) puisqu’il « sait » qu’il n’a pas été conçu par un rapport sexuel..
    Pour l’instant, je me dis qu’ils en font un peu beaucoup… et de toute façon, ce qui est fait est fait, il le sait et on ne peut pas revenir en arrière…
    En tout cas, il est sûr comme tu le dis si bien d’avoir été désiré et d’être aimé tel qu’il est… et il ne découvrira pas à l’adolescence ce « secret » qui n’en est pas un…
    Par contre, vers 4 ou 5 ans, il a commencé à en parler avec un copain… qui n’a rien compris… mais je me suis sentie bien mal à l’aise en pensant à ce qui se passerait s’il allait le claironner à l’école…
    Voilà, ce n’est pas simple.. mais c’est mon fils et si c’était à refaire je referai exactement le même parcours.
    Désolée pour le pavé et merci pour ton blog ! Je viens presque tous les jours voir si tu as écrit quelque chose…

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    1. Bonjour, si cela vous intéresse voici le type de questions, personnelles et éthiques – sur l’anonymat, la rémunération des dons de gamètes et le business de la procréation entre autres – que peuvent se poser les personnes conçues par PMA à l’âge adulte. http://lacigognedemasquee.wordpress.com/
      Je relais ces articles sans être personnellement concernée par ces problématiques, mais bibliothécaire et blogueuse, je suis tombée par hasard sur votre blog en préparant un article sur la PMA et la bioéthique, bonne continuation à vous, vos lectrices et vos enfants.

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  6. Merci Lily pour ton article …. Bon je ne suis pas encore au stade d’en parler à mon petit Oeuf mais ce sont des choses que l’on se demande bien évidemment. Quand j’y pense je me dis qu’il ne faudra pas que je sois la maman trop relou qui en parle tout le temps ou celle qui justement n’en parle jamais … Je pense que le juste milieu viendra …. En tout cas, je ferais comme Titounette, un livre sur le don dés le début pour en parler !! Merci en tout cas de continuer d’écrire – moi j’aime 🙂 des bisous

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  7. « Oh, comme elle te ressemble ! » ai-je dis il y a peu à une amie en parlant de sa fille. Et je connais son parcours, je sais le don d’ovocyte qui a donné une princesse à cette amie, mais plus elle grandit, plus elle lui ressemble.

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  8. Bonsoir,
    Je suis votre blog depuis le début de vos démarches pour l’adoption et je n’ai jamais osé écrire.
    Votre histoire ressemble un peu à la mienne. Le problème vient de moi et c’est un peu grâce à votre histoire que j’ai décidé de tenter ma chance pour le don d’ovocytes.
    Avec mon mari nous avons fait tous les examens nécessaires et maintenant nous sommes sur liste d’attente. Nous avons fait le choix de rester en France pour cette tentative sachant qu’il faut 2 ans minimum d’attente.
    Et je me retrouve dans vos réflexions quand je vous lis.
    Merci de me donner espoir…

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    1. Il y a des jours où je me demande a quoi bon continuer ce blog tellement mon rythme de publication est devenu irregulier. Il y a des jours comme aujourd’hui où je me dis que je me dois de continuer et que ca fait chaud au cpeur de vous lire toutes

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  9. Bonjour,
    Je me dirige vers le don et toutes ces questions tournent en boucle.Lire ton témoignage me fait du bien.
    Je suis d’accord avec ce que tu dis.
    Pour les ressemblances c’est pas facile mais c’est pas si grave et ça passe , puis la crainte de leur réaction, vont ils bien vivre avec leur histoire ?Je le souhaite et je n’en doute pas car comme tu le dis ils sont issues d’un amour et d’un désir à toute épreuve incontestable.
    Là où je ne sais pas c’est à quel moment en parler , à quelle dose, à quel âge comprennent ils et que comprennent ils vraiment?
    Peut être prendre les choses simplement car de nouer tout ça en fait justement un fardeau car si tu le vis bien , ils le vivront très bien.
    Le don est particulier mais sincèrement c’est une magnifique aventure , il suffit de savoir la regarder du bon côté.des bisous !

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  10. Nos twins ont déjà chacun leur livre « Dans notre histoire il y a une fée » et je compte bien trouver d’autre bouquin pour enfant sur le don. Ils grandiront avec cette histoire. La donneuse qui m’a marrainé dans mon CECOS est devenue une super copine à qui ils pourront parler pour mieux comprendre l’autre côté du don. Je suis super fière de leurs origines et je ferais tout pour qu’il soit fière d’être né dans la générosité humaine et le don. Mais c’est clair qu’on n’y pense pas tous les jours sinon ça voudrait aussi dire qu’on ne le vie pas bien je pense.

    Aimé par 1 personne

  11. Même si ce que je vais écrire n’est en rien comparable à l’histoire de tes twins, il est certains que pour tous les sujets très sérieux (la mort, la maladie, la sexualités,… ) je suis sans arrêt en train de me demander, comme tu dis , où placer le curseur… ni trop haut, ni trop bas….
    Je suis certaine que ce sujet trouvera sa place dans votre famille dans les moments qui seront les plus judicieux!

    Pour les ressemblances…. ils ont forcément tes mimiques puisqu’ils vivent avec toi! 😉

    Bises

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